Trois décennies plus tard, l’énigme du meurtre de Virginie Raymond tient toujours. Les enquêteurs de la police judiciaire de Besançon, missionnés depuis peu pour réexaminer ce sordide « cold case » sous toutes ses coutures, tenaient à éclaircir le rôle d’un homme en particulier.

Un faisceau d’éléments troublants désignait ce Franc-Comtois respectable, sans aucun antécédent judiciaire, comme potentiel suspect. Était-ce lui qui, pour une tortueuse histoire de photographie, avait poignardé à quatorze reprises l’adolescente dans sa cuisine, l’après-midi du 20 octobre 1987, rue de Belfort à Besançon ?

 

Le suspect nie toute implication

Il fallait en avoir le coeur net. Ce mercredi à 7 heures, les policiers ont donc procédé en douceur à l’interpellation de cet individu, puis à son placement en garde à vue dans les locaux de la PJ, au commissariat de la Gare d’Eau. Une grande première depuis la réouverture du dossier.
 

Assisté d’un avocat, l’homme a longuement répondu aux interrogations légitimes des enquêteurs, en soutenant qu’il n’avait commis aucun crime.

Une comparaison d’ADN « express » réalisée à Bordeaux

La parole est une chose. La science en est une autre. L’arrestation de ce « témoin clé » avait un objectif connexe : permettre le prélèvement de son ADN. Les scellés glanés sur la scène de crime, à l’époque, avaient été exhumés du palais de justice de Besançon, où ils sommeillaient depuis 32 ans. XXIe siècle oblige, de l’ADN « inconnu » a pu en être extrait… Les deux empreintes génétiques allaient-elles « matcher », faisant voler en éclat la version du suspect, ou à l’inverse, le disculper définitivement ? 32 années d’enquête ne tenait plus qu’à un fil.

Les prélèvements ont été expédiés en urgence jusqu’à un laboratoire de Bordeaux. Attendue avec fébrilité, la réponse est tombée ce jeudi en fin d’après-midi. Négative. L’homme est ressorti du commissariat marqué, mais libéré de tout soupçon.

Les parents de Virginie Raymond, Patrick et Marie-Françoise, ont supporté trente ans de combat judiciaire, sans qu’aucune piste n’aboutisse jusqu’alors.

Photo ER

Nouveaux renseignements

Déterminés à élucider cet homicide, les enquêteurs peuvent se féliciter d’avoir refermé une porte. D’autres semblent s’être entrouvertes suite à l’appel à témoins, diffusé ce jeudi par les médias. Plusieurs personnes ont contacté les autorités avec de nouveaux renseignements. Certaines des informations ont été jugées dignes d’intérêt, et seront rapidement creusées par les policiers bisontins.

De l’horreur au chagrin, puis à la désillusion… Le calvaire des parents de Virginie Raymond, piégés dans ce deuil rendu impossible par l’absence de coupable, se prolonge, interminable. Mais l’espoir de retrouver le meurtrier de leur fille, injustement impuni, n’est pas encore éteint.